Orval Jeunes en Prière OJP

Retrouve OJP 2016

Donne-moi un cœur qui écoute


Texte intégral des introductions bibliques

Témoignage

Tes réactions, remarques, souhaits


Des prochaines rencontres OJP...

Conférence mercredi 3 août

Prier avec les Psaumes« Quand la Parole de l’homme se fait parole de Dieu »

Intervention de Dominique Martens

Introduction 
La plupart d’entre nous connaissent les psaumes par les extraits que l’on lit à la messe après la première lecture. Ces psaumes sont des prières, récitées par les juifs depuis très longtemps et les chrétiens. Ils sont au nombre de 150 et sont tous regroupés dans un des livres de l’Ancien Testament, le Livre des Psaumes, qui se situe au milieu de nos Bibles. Le livre des Psaumes est généralement placé dans la Bible après le Pentateuque (la Loi) et les Prophètes. Le Pentateuque est l’ensemble des 5 premiers livres de la Bible : Genèse, Exode, lévitique, Nombres, Deutéronome. 
Quelques observations 
La Bible hébraïque appelle ce livre le Livre des Louanges (Sefer Tehillim). Le nom Livre des Psaumes vient de la traduction grecque de la Bible au 3e siècle avant JC. Le mot Psaume, qui veut dire « pincer une corde ». On a là un signe que ces psaumes étaient utilisés dans la liturgie. C’était un chant, une prière d’homme qui voulait dire à Dieu ce qu’il expérimentait.
Formation et genres littéraires 
Dans le temps, on pensait que les Livres de la Bible avaient été écrit chacun par un auteur, par exemple Moïse avait écrit le Livre de l’Exode, ou Isaïe le livre qui le concerne. L’exégèse des textes (surtout depuis la fin du XIXe siècle) a montré que ce n’est plus le cas. On a attribué longtemps les psaumes au roi David. Certains titres le mentionnent mais actuellement on ne peut pas les situer précisément dans le temps et David n’est certainement pas leur auteur. 
Il y a juste un psaume (le psaume 136) que l’on peut historiquement situer car il fait référence à l’Exil, la période où le peuple hébreu a été déporté à Babylone (6e siècle avant Jésus-Christ- quelques mots sur l’exil et le sentiment d’abandon qui y est lié…). 
Les plus anciens datent probablement du premier Temple de Jérusalem au Xe siècle avant JC (époque de Salomon). On pense qu’ils ont été regroupés en livre au 5e siècle avant JC, période où Israël a reconstruit le Temple et a réécrit son histoire autour de la libération d’Egypte par Moïse et du retour de l’Exil à Babylone. On a pu continuer à écrire par la suite, jusqu’au 2e siècle avant JC. Comme tous les livres de la Bible, c’est une tradition orale qui a été mise par écrit. On écrivant pour se souvenir, pour que d’autres fassent mémoire de ce qui s’est passé et que l’on a raconté : « Ce que nous avons entendu et connu, ce que nos pères nous ont transmis, nous le tairons pas à nos descendants » (Ps 78, 3-4a). Ce qui est intéressant, c’est de voir que ces textes sont inscrits au cœur de la liturgie juive, comme ils le seront dans la liturgie chrétienne.
Dans son histoire, Israël a fait l’expérience de l’amour de son Dieu et invite tous les peuples à participer à cette louange. Les psaumes sont des hymnes, des prières d’actions de grâce ou de demande ; mais c’est aussi parfois des textes d’imprécation et de colère. Ils sont proches de la vie, om chacun de nous expérimente les deux : on a parfois envie de dire ‘merci’, mais parfois nous avons envie de dire ou même de hurler notre révolte ou notre colère. On dit que ceux à qui il n’arrive jamais rien ne peuvent pas comprendre les psaumes. Les Psaumes, c’est une parole d’homme/de femme dans tout ce qu’elle a de complexe, de vrai, de clair, d’obscur.
Découpage du Livre des Psaumes 
Le Livre des Psaumes est divisé en 5 parties : Ps 1 à 41 :  Le livre des Psaumes commence par une comparaison entre les pieux et les impies. Certains de ces psaumes soulignent avec une grande force qu’il faut avoir confiance en Dieu plutôt que dans les gens ou en ce qui est terrestre et nous rappellent que nous ne devons pas craindre car Dieu est avec nous. Un autre psaume nous rappelle que Dieu jugera notre cœur et que nous devrions rechercher sa miséricorde.
Ps 42 à 72 : Ces psaumes pourraient être résumés par la phrase : « Dieu est pour nous un refuge et un appui » (Psaumes 46:1). Un psaume nous rappelle que nous devons déposer nos fardeaux aux pieds du Seigneur dans chaque difficulté ou épreuve. Un autre nous encourage à servir patiemment Dieu en toutes choses.
Ps 73 à 89 :  Ces psaumes couvrent plusieurs thèmes et décrivent fréquemment Dieu dans le rôle d’un juge qui peut réprimander les méchants juges terrestres et détruire les ennemis d’Israël. Dans le psaume 86, le roi David plaide pour que Dieu nous enseigne ses voies afin que nous puissions marcher dans la vérité.
Ps 90 à 106 : Beaucoup de ces psaumes nous encouragent à louer le Seigneur, à nous rappeler que la vengeance lui appartient (càd qu’elle ne nous appartient pas à nous !!!), à proclamer sa gloire et à le servir avec joie.
Ps 107 à 150 : Ces psaumes reconnaissent que « les enfants sont un héritage de l’Éternel » (Psaumes 127:3) et qu’ils sont une bénédiction éternelle pour les parents qui pratiquent la justice. Un psaume vers la fin du livre est une supplication sincère pour que le Seigneur nous délivre et nous éloigne des pratiques mauvaises et violentes des méchants.
Chaque partie se termine par une doxologie : une formule célébrant la gloire de Dieu, telle la courte formule « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant et à jamais pour les siècles des siècles. Amen. » Le psaume 150 est une doxologie finale : « Alléluia, louez Dieu !... »
Des psaumes aussi dans toute la Bible 
On trouve aussi des Psaumes ailleurs que dans le Livre des Psaumes, ils sont souvent sur les lèvres de personnages importants. On les appelle les Cantiques bibliques. Certains sont très anciens comme le Cantique de Déborah : - le Cantique de Déborah (peut-être le plus vieux texte de la Bible) : - Jg 5, 2-31 (« Ce jour-là, Déborah et Baraq, fils d’Avinoâm, chantèrent en disant… (Jg5, 1) » - La prière d’Anne, la mère de Samuel : 1 S 2, 1-10 (« Anne pria et dit : J’ai le cœur joyeux grâce au SEIGNEUR... ( 1 S 2, 1) » - Le cantique du roi Ezéchias : Is 38, 9-20 (« Poème d’Ezéchias, roi de Juda, lorsqu’il fut malade ou survécut à la maladie (Is 38, 9) ») - On en trouve aussi dans le Nouveau Testament (on parle alors de Cantique évangélique). Le plus connu est le Magnificat (Lc 1, 68-79) : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ». Mais il y a aussi le Cantique de Zacharie (Lc 1,68-79) : « Bénit soit le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple » ou encore le Cantique de Siméon (Lc 2, 29-32) : « Maintenant Ô Maître souverain tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole » Ces trois psaumes sont chantés pendant les offices de Laudes (le matin), Vêpres (fin d’aprèsmidi, et Complies (avant le coucher).
Une numérotation pas toujours claireExplication du passage du texte massorète à la LXX.Les psaumes 116 et 147 de la bible hébraïque ont été coupés en deux dans la Septante. Les psaumes 9 et 113 de la Septante sont en fait deux psaumes de la bible hébraïque. Elle les a regroupés.Différence entre la Bible et la liturgie :- la liturgie reprend la LXX et note l’autre numérotation entre parenthèses (ex : Psaume 16 de la liturgie, donc de la Bible grecque, psaume 17 dans la TOB (entre parenthèse). Ou, à l’inverse… Psaume 145 de la bible hébraïque dans la TOB, en liturgie c’est le psaume 144 (entre parenthèse).
Types de psaumes On classe les psaumes en 3 familles : 1. les psaumes de louange 2. les prières d’appel au secours, de confiance et de reconnaissance. Parfois, on peut être choqué. Par ex., la finale du Ps 87 : « ma compagne c’est la ténèbre ». Mais qui n’a jamais vécu cela dans sa vie ? C’est le seul psaume qui, dans la liturgie, n’est pas suivi pas une doxologie. Humour : avant, on chantait les psaumes en latin. Beaucoup de religieuses ne comprenaient toujours pas tout… Après le Ps 87 était inscrite la formule : ‘hic non dicitur : Gloria Patri et Filio…’. Mais les mauvaises langues racontent que souvent les sœurs chantaient : (je chante) : hic non dicitur – gloria patri et filio – et spiritui…3. les psaumes d’éducation.
Le psaume est un cri avant d’être un écrit (Didier Rimaud) 
C’est un itinéraire spirituel dans lequel l’homme trouve sa place. Dans le psaume l’homme se situe en relation avec Dieu, mais Dieu est toujours en premier. Il est fidèle, il sauve. L’homme seul ne peut pas s’en sortir. Le psalmiste a le sens de la vie : la mort lui fait peur. Il n’a pas encore eu la révélation de la résurrection ! Son combat contre le mal le conduit souvent à proférer des imprécations qui peuvent nous scandaliser. Le psaume le plus terrible est le psaume 136, 9 (lire le Ps 136 et un bref commentaire) : « heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer sur le roc » C’est pour cette raison que tous les psaumes ne sont pas dans la liturgie. On les met souvent entre crochets. Cela me paraît une grave erreur, où l’homme décide selon ses critères de ce qui est acceptable ou non dans la parole de Dieu ! Cette violence, elle est en moi ! Parfois. La mettre entre crochet, c’est faire l’ange. Comme si cette horreur m’était étrangère. Non, c’est mon enfer. Et l’enfer peut se tapir au fond de moi. Si je ne le soumets pas à mon Dieu, il ne peut le toucher. Le convertir. Oui, il m’arrive parfois dans ma vie d’avoir été trahi et de haïr. Le drame nous protège d’un recours trop rapide et pervers au pardon, qui ne toucherait pas le plus profond de mon être. « Père, je déteste celui qui m’a fait ça. Je lui souhaite le pire. Je le hais ! Et je te le dis. Je dépose ça à tes pieds. Convertis-moi !!!! »
Des psaumes de supplication sont attribués à David. Jamais un psalmiste ne dit « je me vengerai ». Il demande à Dieu de rétablir la justice et qu’il manifeste son pouvoir sur le mal. Il s’en remet à Dieu.
Les Ps dans la prière
1. Importance de toujours resituer le premier niveau de lecture par une remise en contexte historique. D’où l’importance de connaître un peu l’histoire d’Israël. Pas de panique= www.cef.fr. Dans prier et commentaire, une exégète remet chacun de ces textes en contexte. Dans ma prière, est-ce que je vois des points communs entre cette situation et la mienne ? Entre cette parole et la mienne ? Dans ma prière, est-ce que j’ose aller jusque là avec Dieu ? Ou ai-je peur de le choquer. Lire Jb 3…
2. Les Psaumes appliqués à Jésus
- Rappel du Ps dans la liturgie de la parole et dans la dynamique de cette liturgie. La célébration de la parole est un cœur à cœur : Dieu me parle (1ere lecture) ; l’homme lui répond (Ps) ; Dieu parle (2e lecture) ; l’homme chante (Alleluia) : Dieu parle (Evangile) ; l’homme interprète la parole (homélie).- Les Ps étaient la prière de Jésus et de l’Eglise. * De Jésus : Mt 26,9 « Je vous le déclare: je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le Royaume de mon Père.»      30 Après avoir chanté les psaumes, ils sortirent pour aller au mont des Oliviers. 

Voir aussi Mc 14,26 ; Lc 20,42 ; 24,44 ; Ac 1,20 ; • De l’Eglise. Exemple. Les récits de la Passion
Dans la Passion, les rares paroles de Jésus sont empruntées aux psaumes. Que faut-il en penser ? Pour donner un sens aux événements de la Passion, les évangélistes recourent massivement à l’Ancien Testament et plus particulièrement au Livre des Psaumes. La plupart des citations sont regroupées dans les récits de la crucifixion. Qu’est-ce que cela signifie ? Une volonté de montrer que dans sa mort, Jésus accomplit les Écritures ?De Gethsemani à la croixLe relevé des psaumes indique l’utilisation de cinq références à deux psaumes: les psaumes 42 et 110 (laissons de côté le chapitre 12 de l’évangile de Jean, qui est dans un autre contexte). Ces cinq références sont mises dans la bouche de Jésus.• A Gethsemani tout d’abord, Jésus laisse deviner ses souffrances en reprenant le Ps. 42, 6 (Mt et Mc): Mon âme est triste à en mourir. Le ps. 42 est une lamentation individuelle. Par le genre littéraire, il est proche des paroles du Serviteur Souffrant d’Isaïe. Il a été utilisé pour exprimer les sentiments du Christ à l’heure de sa passion.• Le deuxième psaume est cité lors de la comparution de Jésus devant le tribunal juif, le Sanhédrin. Les trois évangiles synoptiques ont cette parole de Jésus: “ vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite du Tout-Puissant” C’est une citation du Ps 110,1. Chez Marc, c’est la seule parole prononcée par Jésus au cours de son procès. Elle est décisive, puisqu’elle procurera un motif de condamnation à mort aux membres du tribunal, eux qui avaient vainement fait intervenir de faux-témoins.Les récits qui tournent autour de la croix concentrent la majorité des citations ou allusions aux psaumes. Dans les épisodes qui se déroulent avant la mort de Jésus, trois psaumes sont cités: le Ps 22 à de multiples reprises, le Ps 31, et le Ps 69.Le psaume 22 (lire)Le Ps 22 est le psaume des derniers instants de Jésus. Le tableau montre cependant que les quatre évangélistes n’utilisent pas tous systématiquement les mêmes versets. Ils ne sont d’accord ensemble que sur le verset 19: ils se partagent mes habits et tirent au sort mes vêtements.Puis vient la citation du verset 8: Tous ceux qui me voient me raillent, ils ricanent et hochent la tête. Luc cite seulement la première partie du psaume (la moquerie), tandis que Mt et Mc retiennent la fin, le hochement de tête. Dans la suite de l’épisode, Matthieu est le seul à raconter l’ironie des grand-prêtres et des scribes se jouant de Jésus en croix: Il s’est confié en Dieu, qu’il le délivre...! (Ps 22,9)Les dernières paroles de JésusLes deux dernières citations du Ps 22 sont importantes, car elles sont mises dans la bouche de Jésus lui-même: Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné? (verset 2, cité en araméen: Eli, Eli, lama sabachtani, puis traduit). Chez Matthieu et Marc, elles sont les dernières qu’ait prononcé Jésus. A première vue, elles sont dures, car elles expriment un sentiment d’abandon. N’oublions pas cependant que le psaume 22 est un psaume de confiance en Dieu. Le psaume 22 est en effet découpé en deux parties: une première qui exprime un sentiment fort d’abandon, de détresse, et une deuxième qui montre un retournement radical: celui qui était dans le désespoir retrouve confiance en Dieu qui le sauve. Signalons que lorsque le psaume 22 est cité dans les récits de la passion, c’est toujours en sa première partie...L’évangéliste Luc a compris que cette interprétation pouvait prêter à un contre-sens. Aussi a-t-il préféré une parole plus explicite, tirée du Ps 23, 46: Entre tes mains, je remets mon esprit  Le contraste entre Mt, Mc d’une part, et Luc d’autre part, semble très fort à première vue, mais l’est-il réellement?Chez Jean, Jésus dit: J’ai soif, parole qui peut faire allusion soit au Ps 22, 16, soit au Ps 69,22. Toutefois, la dernière parole de Jésus ne sera pas une parole de psaume, mais la constatation de l’achèvement: Tout est achevé. (Jn 19,28)Le psaume 69Mt 27,34 est le seul à parler de fiel, allusion au Ps 69,22: Pour nourriture on m’a donné du poison, dans ma soif, on m’abreuva de fiel , là où Mc ne parle que de myrrhe. Cependant, Mt et Mc sont d’accord pour décrire la scène du crucifiement en utilisant les mêmes mots du Ps 22,22: le vinaigre, le fait de donner à boire.Après la mort : Ps 34 et 38Après que Jésus a rendu son dernier souffle, Mt et Mc racontent que des femmes regardaient à distance. Luc, lui décrit la même scène en la rapportant au psaume 38,12 : Mes amis ne se montrent que de loin et mes parents se tiennent à distance.Enfin, Jean rapporte que lorsque les soldats viennent chercher le corps de Jésus, ils ne lui brisent pas les jambes. L’évangéliste y voit un accomplissement du Ps 34,2: Pas un de ses os ne sera brisé.Les Ps ont donc servi de lecture au sens théologique de la mort de Jésus sur la croix, tellement ils habitaient la prière du peuple d’Israël !Jésus est le Juste SouffrantA l’exception du psaume 110, qui est un psaume royal, tous les psaumes cités dans la passion (Ps 22, 31, 38, 42, 69) sont des psaumes de lamentation individuelle. Les évangélistes ont un double souci:- montrer d’une part qui est Jésus, de quel type de messianisme il est porteur: il est le juste souffrant, l’innocent qui crie sa détresse devant ce qui lui arrive. En même temps, il est celui qui manifeste sa confiance et sa foi en Dieu. On est loin du Messie tout-puissant que le peuple attendait.- montrer d’autre part que Jésus accomplit les Écritures. Relier ces psaumes de lamentation à la passion de Jésus, c’est affirmer que les événements tragiques et scandaleux de la passion correspondent au dessein de Dieu. Dans cette même ligne, les chrétiens reliront le destin de Jésus à la lumière des récits du Serviteur Souffrant du prophète IsaïeDonner sens au drame de la PassionLes évangiles ne sont pas des reportages en direct des événements. Ces derniers sont relus, réinterprétés à la lumière de la résurrection, et de la vie de la première communauté chrétienne. Nul doute que les disciples ont pris de plein fouet ce drame de la passion. Seule la résurrection leur permet de comprendre l’absurdité de la mort de Jésus. Peu à peu, en relisant les Écritures, en se rappelant les paroles de leur maître, ils comprennent la signification profonde des événements. Nous sommes en présence d’une théologie qui se dit à travers une manière de raconter les faits, de relever des détails et de les relier à l’ensemble des Écritures. Des versets de psaumes en apparence anodins, comme la mention du fiel, du vinaigre, prennent une dimension nouvelle. Dans la bouche des chrétiens, les Psaumes se chargent d’un sens nouveau. Ils montrent la continuité profonde de l’histoire du salut, entre l’Ancien Testament et Jésus.
3. Et pour ma prière ?A toujours faire (Lectio Divina) : se demander comment le Ps qui répond à la première lecture éclaire l’Evangile et me lie de manière mystérieuse à Jésus.A faire ici à Orval : dans le vieux psautier des moines que vous prenez avant l’office, lire ce qui est en italique à la fin du Ps. Cela fait le lien avec Jésus. Adresser cette prière au Père !
Conclusion en guise d’ouvertureOn le voit, les Psaumes sont des paroles qui disent à Dieu en tout temps le cœur des hommes, le cœur d’un peuple. Avec des formules qui peuvent paraître très belles, mais qui parfois sont terriblement dures, violentes même.Elles disent à la foi notre cri et notre confiance. Notre foi et notre incompréhension.Les Psaumes, c’est nous ! Le génie d’Israël a été d’introduire ces textes dans le corpus biblique. Cette parole d’homme est « devenue » parole de Dieu !Avec les Psaumes, nous nous situons au cœur du mystère de l’Alliance. Je parlais tout à l’heure de l’eucharistie et du cœur à cœur dans la liturgie de la Parole. La liturgie eucharistique nous conduit ensuite dans un corps à corps, où l’autre pénètre en moi pour m’habiter au plus profond. Dieu prend à son compte ma parole. Comme l’être aimé, il la fait sienne. Pour me rejoindre. Pour m’étreindre. Pour m’aimer.



Conférence jeudi 4 août 2016

Évangile selon Saint Jean 3, 1-10 (Trad. liturgique)
01 Il y avait un homme, un pharisien nommé Nicodème ; c’était un notable parmi les Juifs.02 Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : « Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. »03 Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. »04 Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? »05 Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu.06 Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit.07 Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut.08 Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. »09 Nicodème reprit : « Comment cela peut-il se faire ? »10 Jésus lui répondit : « Tu es un maître qui enseigne Israël et tu ne connais pas ces choses-là ? [...] »

Introduction

1/ Préparer ce texte que je n’avais pas choisi a représenté pour moi un travail laborieux. Longtemps j’étais dans le brouillard, j’ai failli renoncer. Mais finalement, un apprivoisement s’est fait. Et ce texte m’a parlé. À travers ce texte, la Parole vivante m’a rejoint ! Ne vous étonnez donc pas si à première (ou deuxième…) lecture ce texte ne vous dit rien. Il faut parfois du temps !
2/ Lire, c’est écouter, c’est avoir un « cœur qui écoute », qui écoute un texte et ses mots. Et à travers ce texte mon cœur écoute quelqu’un qui parle, et j’entends la voix du Souffle qui traverse le texte.« Donne-moi, Seigneur, un cœur qui écoute. » Qui écoute, encore et encore. Seul et avec les autres, comme nous le faisons depuis ce matin.

I. Nicodème et sa naissance véritable.

Il était une fois « Monsieur » Nicodème, un notable, un homme respectable. Un « maître qui enseigne », l’un d’entre les pharisiens, ces gens biens qui « savent » (« Nous savons » est le premier mot de Nicodème) et qui « pratiquent » les prescriptions de la loi, au point de se croire « arrivés », de se croire des justes devant Dieu. 
Pourtant Nicodème vient « de nuit », en cachette. J’y perçois la discrétion d’un homme pas très sûr de soi, mais attiré par Jésus. « Nous savons… », dit Nicodème. Mais en son cœur il y a une envie d’écouter… Jésus.Ou bien « de nuit » veut dire qu’il fait nuit au-dedans de lui, qu’il est un peu « perdu » ? Qu’il ne sait plus que faire ou que penser ? Toujours est-il qu’il va à la rencontre de Jésus : quelle attente le pousse, quel désir le mène ? En son cœur, une ouverture, une demande… fragile encore. Une rencontre désirée mais qui ne l’engage pas aux yeux des autres.
« Nous » savons. Qui est ce « nous » ? Où est Nicodème ? Son « je » personnel est comme englué dans l’opinion de son groupe.Jésus, par sa réponse, déstabilise Nicodème en vue de le libérer : « Tu ne sais pas » « Tu dois naître »… à toi-même !Nicodème est d’abord désemparé. Son savoir et sa maitrise sont disqualifiés. Mais grâce à cette rencontre vraie, il accède à son « je ». Il accepte de ne pas savoir, il se met à l’écoute de Jésus, se laisse enseigner par lui : par deux fois il pose la question du « comment ». Nicodème commence à naître à une attitude nouvelle. Il se met à l’écoute, il se laisse enseigner.
Il faut naître : « d’en haut », « de l’Esprit », « de l’eau et de l’Esprit ». Naître d’une naissance que l’homme ne maîtrise pas par sa connaissance. C’est donné, cela vient d’en-haut, du souffle de l’Esprit. Personne ne maîtrise cette naissance par son savoir, elle échappe comme un souffle, comme une source toujours jaillissante de vie (voir Jn 7, 38)
Qu’est-ce qui va sortir de cette rencontre ? Que se passera-t-il en Nicodème ? Va-t-il renaitre ? Rien n’est dit dans ce chapitre. Le suspense dure. Mais si l’on scrute l’évangile de Jean, par deux fois, on va retrouver notre Nicodème, de manière discrète, mais toujours en référence précise à cette visite nocturne. Cela nous permet d’entrevoir la naissance qui se fait en lui et la croissance spirituelle ainsi mise en route.Lisons ces deux textes : Jean 7, 50 : Nicodème fait preuve d’une liberté personnelle nouvelle. Il ose parler en « je » et se distancie du groupe.Les pharisiens dirent aux gardes : « Parmi les pharisiens y en a-t-il un seul qui ait cru en lui ? »Nicodème, l’un d’entre eux, celui qui était allé précédemment trouver Jésus, leur dit : « Notre loi permet-elle de juger un homme sans l’entendre d’abord… ?Dans le conflit qui menace, Nicodème prend le parti de Jésus. Avec courage, il ose exprimer une opinion différente (alors que le conflit amène à durcir les frontières) : il dit en substance : soyons ouverts, nous ne savons pas…
Ensuite Jean 19,39 : un amour plus fort que la mort.Joseph vient enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui au début était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi : il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès… Ils prirent donc le corps de Jésus…Nicodème est présent au tombeau, présent du côté de Jésus, le condamné mis à mort ! Il suit Jésus jusque dans sa mort… Nicodème s’engage au grand jour (non plus en cachette) : il a choisi son camp, il est avec Joseph d’Arimathie, et avec lui il est avec Jésus.  Il vit un lien, une communion, une adhésion à Jésus et à son corps, il prend soin de ce corps jusque dans la mort, convaincu que ce corps est source de vie : le corps mort laisse s’écouler un fleuve de vie.
Nicodème est donc « né », il est entré dans le monde, dans l’espace du royaume qui ne s’ouvre qu’aux enfants... (Mt 18,2). Les mots du prologue de l’évangile (Jn 1, 12-13) sont devenus réalité pour lui :À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ils sont nés de Dieu. Ainsi, du ch. 3 au ch. 19, nous percevons le long chemin de Nicodème : une histoire en trois tableaux  pour passer de Monsieur Nicodème au frère Nicodème. qui devient (enfin) un simple enfant (de Dieu). Enfant de Dieu et donc un frère de Jésus, et de Joseph d’A. et de moi et de nous ! Avec lui, nous sommes invités à approcher de Jésus, de nuit, discrètement peut-être, sans savoir où cela nous conduira… Certains d’entre nous en sont là. Et c’est bien. D’autres peut-être sont comme le Nicodème du chap. 7 : ils prennent la défense de la cause de Jésus… mais sans trop s’engager encore.D’autres sont pleinement engagés, solidaires de Jésus dans sa mort (Jn 19). Libres devant leur mort, leur rejet. Parce qu’ils ont découvert le royaume, un royaume qui s’ouvrait dans leur cœur, qui jaillissait dans leur cœur, comme une source toujours naissante, comme un fleuve toujours affluant. 

II. Etty Hillesum et son expérience de nouvelle naissance

« Naître » est une expérience promise à tous, une entrée dans un monde nouveau, intérieur, ouvert à tous. Etty Hillesum en offre un bel exemple. On peut comparer son chemin de croissance spirituelle à celui de Nicodème. Il s’exprime avec force dans le même vocabulaire de naissance !Qui est Etty ? Une jeune femme de votre âge, qui de 27 ans à presque 30 ans, a vécu une expérience forte de naissance. Juive hollandaise, en contexte de guerre et de persécution. Née le 15 janvier 1914.  Morte à Auschwitz en novembre 1943.Étonnamment proche de Nicodème, cette femme du 20e siècle vivait elle aussi une nuit intérieure. Elle souffrait de son chaos intérieur, d’une « occlusion de l’âme », dit-elle. Une rencontre va la bouleverser et l’engager dans un processus de naissance. Elle rencontre Julius Spier, qui sera pour elle un « maître spirituel », un « accoucheur de Dieu ». Grâce à lui, elle vit une « naissance », un « enfantement », une « métamorphose ».  Dans son Journal, elle témoigne de ce qui s’est passé pour elle par diverses expressions :« Maintenant je vis. » « Comme si tout un processus d’enfantement se déroulait en moi. »« Le 3 février, j’ai eu 1 an. Je crois que je vais adopter définitivement ce 3 février comme anniversaire. Il a plus de réalité que le 15 janvier où l’on a coupé mon cordon ombilical ».« Le mardi 3 février, j’ai fêté mon anniversaire. Un an plus tôt, jour pour jour, le 3 février 1941, j’ai été mise au monde par un affreux bonhomme en pantalon de golf vert… » (Lettre, p. 773).Comme l’écrit Michel Fromaget dans son livre consacré à Etty (Un joyau dans la nuit, p. 17), il s’agit dans ce Journal du « récit d’une naissance à l’Amour, à la Beauté et à la Joie au cœur d’un ouragan de laideur et de haine, de désespoir et de mort ».Une expérience spirituelle hors religion, juive ou chrétienne… mais comme le dit précisément l’évangile que nous lisons : l’Esprit souffle où il veut ! On ne peut l’enfermer… Il s’agit pour Etty de l’expérience d’une naissance à un espace nouveau, qui dilate sa vie, devenue comme un royaume céleste. Expérience qui ouvre un chemin, met en route, inaugure un cheminement intérieur. La naissance spirituelle, comme la biologique, est une naissance. Oui, mais elle est un processus infini, jamais terminé, toujours à faire. Il y a lutte, combat, traversées d’épreuves et de peines. Moments de doute, de dépression, de découragement.Comme pour Nicodème, il y a des étapes, des moments où l’on perçoit la croissance, la transformation. Ainsi la date du 30 juillet 1942, où Etty arrive à sa maturité spirituelle : « libérée de toute peur elle assume et accepte pleinement son destin ». Elle entre librement au camp de Westerbork comme assistante sociale au milieu de la détresse humaine. Et enfin, le 7 septembre 1943 elle part pour Auschwitz, elle marche librement vers la mort, solidaire de son peuple.

III. Trois poèmes pour Nicodème

Jésus a dit : Nicodème, si tu ne deviens comme cet enfant, non tu n’entreras pas dans le royaume… Nicodème par deux fois répond : mais comment faire pour y entrer ? La question reste ouverte, il n’y a pas de réponse toute faite. Il faut avec Nicodème désirer entrer dans ce royaume, laisser grandir en nous ce désir, le laisser se dessiner en notre cœur (par l’imagination, par les mots et les phrases). Voici trois poèmes qui peuvent dessiner cette expérience, la suggérer, la faire advenir dans notre langage.
1. ENTRER DANS… UN ROYAUME !On entre dans des chambres. C’est facile.Chacun le fait.
Dans des cours, dans un lit,Dans un bois, dans la grange.
Il suffit de venir d’un endroit plus ouvert,D’avancer, de pousserLa porte quelquefois, de se glisser.
Mais entrer dans l’espace ouvertQuand il fait clair
Et se sentir enveloppé par un volumeQui n’est pas dit.
Naître, oui, mais pas en régressant. Il ne s’agit pas de « rentrer dans le sein de sa mère » ! Mais il faut entrer dans un nouveau monde, un nouvel espace. Il faut avancer, devenir enfant, neuf, commençant (et non pas usé, non pas blasé…). L’enfance est en avant de nous.Et c’est un royaume merveilleux, large, ouvert, lumineux, accueillant, enveloppant, quelque chose de l’ordre de l’indicible, mais qui exauce tellement notre désir d’enfance.Qui ne désire entrer dans ce royaume des enfants, toujours naissants, toujours débutants, toujours écoutants, comme au premier matin du monde.

2. COMMENT FAIRE ?

Que faut-il donc faire
Pour que ce jour
Devienne un lieu où le tempsSe comporte en ami,
Où même les mursDonnent de l’ouverture,

Où l’on se régale de l’espaceComme d’une pomme,
Où les angles se plaisentÀ célébrer la sphère,
Où la source peut jaillirPartout, à tout instant,
Où tout, sauf toi,A comme souci de toi
Qui t’oubliesDans la profusion ?
« La source peut jaillir partout à tout instant » dit Guillevic, rejoignant l’image de l’évangile : « en toi des sources, en toi des fleuves d’eau vive jailliront ». L’imaginaire de la source naissante… a été vivifié en moi par la poésie ! Et depuis je regarde autrement la fontaine Mathilde, cette source à la racine du monastère d’Orval : elle coule, elle coule, abondante, à profusion depuis des siècles et des siècles, au 11ème siècle comme aujourd’hui. Merveille de la surabondance de la vie ! Il nous est donné comme Nicodème de découvrir une « profusion » tout intérieure.

3. NE RIEN FAIRE

Ne rien faire,
À peine regarder.
Se laisser emporterPar le temps
Comme par un courant d’airEnveloppant, très doux,
Qui vous mène à vous-mêmeEn train de ne rien faire.  
Comme un courant d’air, un souffle, la prière nous emmène dans un espace ouvert, où mystérieusement l’on se sent accueilli, porté, enveloppé, entouré de douce tendresse. N’est-ce pas le sens de l’image du ciel, du royaume céleste ? Un monde immense, lumineux, enveloppant, comme le ciel.Mon titre évoque la naissance spirituelle : Entrer dans l’espace intérieur du royaume de Dieu. Dans cette naissance, je vis une découverte magnifique, un espace se révèle, s’ouvre à moi, m’accueille et je m’avance en lui, c’est un royaume intérieur, et il est céleste, il appartient au monde du divin, il me dépasse de partout.

IV. « Je suis Nicodème ».

Nicodème est entré dans ma vie… de nuit ! Il m’a apprivoisé. Je me reconnais en lui. Je peux maintenant le dire : « Je suis Nicodème ».Ma prière la plus personnelle est rejointe par Nicodème. Avec lui, matin après matin je sors de ma nuit et je m’exerce à l’enfance, je cherche à m’ouvrir, à entrer dans la profusion du royaume qui ne se révèle qu’aux enfants et à ceux qui leur ressemblent.  
La prière, un temps pour naître !La prière, ce temps, ce lieu où je me dispose en posture d’accueil. Quelle que soit la position, le lieu, la pratique… Assis, à genoux, marchant, chantant, lisant… dans un moment « vacant », vide, silencieux… présent à moi-même… Un temps de « ne rien faire », où je me perçois « naissant », toujours naissant. Enfant. Toujours plus enfant.C’est extraordinaire, miraculeux, grand, libérant.Avec Nicodème, je vis une prière d’enfance, de naissance continue, toujours jaillissante. À l’image de la source, toujours en acte, toujours actuelle.Avec Nicodème, je puis dire :Aujourd’hui je nais, Aujourd’hui je commenceAujourd’hui je « viens au monde », j’adviens au monde, je nais au mondeAujourd’hui j’entre dans le mondedans un monde ouvert, vaste, immense, enveloppantun monde céleste, un royaumeAujourd’hui une source intérieure se met à jaillir, irrépressible, légère, vivante, bondissanteAujourd’hui je suis enfant, je suis naissant j’assiste à la naissance de mon être véritable à la naissance en moi de l’homme intérieurAujourd’hui le pharisien en moi – celui qui « sait » et qui « pratique » - est appelé à changer, à se convertir. Il me faut apprendre à ne rien faire, à devenir enfant, à naître à mon être véritable, à vivre dans la profusion de ce jour présent où la source jaillit à tout instantet à chanter, chanter, chanter… comme les oiseaux et comme les moines !

Lecture de mon poème « Exercice d’enfance ». Pour comprendre, une remarque préalable : j’ai appris à m’asseoir à la manière des moines zen. Par cette posture, mon corps est devenu un allié de ma prière. De plus en plus, avec le temps, cette position caractéristique des moines orientaux, m’est apparue comme une posture d’enfance, d’enfance évangélique. Comme un enfant, je me tiens au ras du sol, tout simplement.En ces derniers mois, j’ai eu le sentiment que Nicodème me rejoignait en ma prière et en ma position d’enfance. Je propose donc en conclusion de relire avec lui mon poème/prière rédigé en 2015. Le titre en est « Exercice d’enfance », dans le sens où la prière est un exercice pratique, un exercice spirituel à sans cesse reprendre, à sans cesse essayer à nouveau. Et le devenir enfant n’est jamais acquis, il faut chaque jour recommencer, il faut toujours être un commençant. L’homme sage se dit chaque jour : « Aujourd’hui je commence ».
Ce matinassis au ras du solen posture d’enfance
Instant de sourcedonné   pour ma joiema jouissance
Ne rien fairerespirer    calmement    ma vieêtre    simplement êtresilence    silence
Étonné de me découvrir lànaissant   toujours naissantbercé   par mon souffle
J’accueille   recueille encore   encorede tout mon corps de tout mon être
Mon cœur chantela grâce d’un présenttoujours neuf
Assis sur mon tapis de prière tapis d’enfancetapis d’envol Ainsi, je vis ma propre prière en proximité avec Nicodème, mon frère. Il est mon complice dans cette naissance toujours en cours à l’intime de mon être. Avec lui, j’adhère à la source vivante qui jaillit au-dedans et me donne ma liberté.
Nous avons ensemble prêté l’oreille, une oreille « poétique », aux mots, aux images de l’évangile. Nous nous sommes laissé toucher par les mots et les images, des poèmes non bibliques nous ont aidés à nous y rendre plus sensibles. L’évangile de Jean s’est ouvert à nous comme un poème, un grand poème, dans lequel résonnent des harmoniques, qui se répondent d’un bout à l’autre de l’évangile, lu comme un tout, et même de la Bible, comprise comme elle aussi comme un grand poème. J’espère que vous avez perçu quelque peu que nous avons grand intérêt à nous approcher de la Bible avec cette « oreille poétique », ajustée au langage dans lequel la Bible s’offre à nous. C’est du moins ma propre conviction que j’ai essayé de vous faire partager. Merci de votre écoute.

Frère Bernard-Joseph, août 2016.

Conférence vendredi 5 août 2016

La prière de demande

La prière reflète toutes les dispositions du coeur humain. ‘Il y a un moment pour tout’ (Qo 3,1). A cha-que heure sa prière. Parfois émergent des raisons de louer ou de remercier, parfois se fait entendre une plainte sourde ou une demande suppliante. Il existe de grandes réserves surtout à l’égard de la prière de demande. Beaucoup y voient une prière de moindre valeur ou plus primitive. Est-ce réellement le cas? Bien sûr, il y a des formes immatures de prières de supplication qui font de Dieu un bouche-trou auquel on demande de tout solutionner. L’homme veut alors faire une transaction avec Dieu. Mais doit-il vrai-ment en être ainsi?Demande et tu obtiendrasNe serait-ce pas plutôt qu’en tant qu’occidentaux modernes, nous n’osons pas demander assez dans notre prière? Nous arrive-t-il encore vraiment d’implorer? D’invoquer notre indigence? De plaider en faveur de ceux qui sont dans la misère? En d’autres termes : de crier ‘des profondeurs’ (Ps 130,1) ? Beaucoup d’intentions de prière sont si soigneusement rédigées qu’elles prennent l’apparence de surfa-ces polies et parfaitement lisses. En général, elles sont tirées directement de livrets. Mais viennent-elles du cœur?Pourtant, de vraies questions habitent notre coeur. Celle du sens de notre existence retentit de plus en plus dans notre riche Occident, surtout chez les jeunes. Et en des lieux moins favorisés dans la répartiti-on des richesses, comme les quartiers pauvres de nos villes ou sur le continent africain oublié, règnent de grands besoins qui ne peuvent nous laisser impassibles. De plus en plus de personnes âgées dépéris-sent dans la solitude. Des immigrés, jeunes surtout, parviennent difficilement à s’intégrer. Les malades et handicapés implorent une présence. Les demandeurs d’asile et les sans-papiers sont comme Lazare, à la porte de l’Europe. Un peu plus loin, des populations entières souffrent de la faim et la guerre. Rien de tout cela ne peut être passé sous silence dans notre prière. Pourquoi ne pas exprimer clairement ce qui nous –et Lui- tient tant à cœur? Une prière vraie garde les pieds sur terre. Elle ne fuit pas anxieuse-ment devant la souffrance et le mal. Une prière de supplication adulte pousse à l’engagement. Elle nous fait aspirer à une transformation de l’homme et du monde, elle réclame justice et solidarité, nous ouvre à l’autre. Elle nous pousse à nous impliquer. Moïse préfère être perdu lui-même que de voir ses frères exterminés - eux qui pourtant ont mérité leur punition (cf Ex 32,32). La prière nous renvoie vraiment au monde, Abraham nous l'apprend de son côté. Après avoir accueilli Dieu dans sa tente de façon merveilleuse, il va plaider sans réserves le salut de Sodome, ville sous la menace d'un anéantissement (Gn. 18). Ce récit touchant est le premier des textes bibliques que nous sommes amenés à considérer ici.AbrahamD'abord une remarque : la petite ville de Sodome, dans la Bible juive, représentait le mal absolu, un peu comme Auschwitz aujourd'hui. Le prophète Ezékiel en dit ceci:“Voici quelle fut la faute de Sodome, ta sœur : orgueil, voracité, insouciance désinvolte ; oui, telles fu-rent ses fautes et celles de ses filles ; elles ne fortifiaient pas la main du pauvre et du malheureux » (Éz 16,49).De même, Isaïe écrit:  “(…) vous qui êtes pareils aux chefs de Sodome ! Prêtez l’oreille à l’enseignement de notre Dieu, vous, peuple de Gomorrhe!” (Is. 1,10) . Il évoque un culte mêlé au crime (cf. Is. 1,13), leurs “mains sont pleines de sang” (Is. 1,15). «Leur partialité témoigne contre eux ; comme Sodome, ils étalent leur péché, ils n’en cachent rien. Hélas pour eux ! Ils font leur propre malheur » (Is. 3,9).Alors, quand Sodome, cette ville pervertie, est menacée d'anéantissement, Abraham insiste auprès de Dieu avec cette prière de supplication :“Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Ne pardonneras-tu pas à toute la ville à cause des cinquante justes qui s’y trouvent? Loin de toi de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable, traiter le juste de la même manière que le coupable, loin de toi d’agir ainsi ! Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ?” (Gn 18,23-25).Sodome représente ici une communauté humaine avec le bien et le mal en son sein. Il en est toujours ainsi. En nous se logent le bien et le mal. Nous sommes une 'communauté mêlée', un 'corpus mixtum' comme dit Saint-Augustin. Le jugement de Dieu a pour objet telle communauté humaine. Dès lors, con-sidérez bien la première question que pose Abraham dans sa supplication.“Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable?”Poser la question, c'est y répondre. Pour Dieu comme pour Abraham, c'est une évidence : détruire les bons avec les méchants est hors de question. Or, que penser, si parmi une majorité de coupables une minorité se révèle innocente? Le texte le dit si bien : cette ville compte peut-être cinquante justes 'qui s'y trouvent'. Ainsi, la prière d'Abraham a un aspect révolutionnaire, vu que l'Israël antique a coutume de considérer le jugement de Dieu et des hommes en fonction de la Loi qui régit  la collectivité. Dans la Bible, la communauté, sujet collectif, a fortement conscience de son unité. Voilà qui diffère de notre culture moderne. Dans la Bible, l'individu ne peut être distingué du milieu où il se trouve. Il y a les liens de sang de la famille. Le lien tribal constitue la ville. Même dans les (grandes) villes, personne ne vit seul dans son appartement. Les jeunes n'ont pas leur 'kot'. A la ville comme à la campagne, deux voire trois générations vivent regroupées telle une famille très nombreuse, avec les gens de service en plus. Jamais -avant le septième siècle (Ez 18,1-4)- on ne se distingue pas du cercle dans lequel on vit. Nous, modernes, ne saurions comprendre cela. Or, que risque celui ou celle qui vit à Sodome? Si des innocents habitant cette ville existent, il n' y a pas d'hélicoptères pour les évacuer d'urgence. La conscience d'être un individu manque. Pour Abraham, les habitants de Sodome partagent un même destin. Aussi, de bout en bout, sa supplication couvre la ville de Sodome dans sa totalité. C'est pourquoi Abraham veut savoir sur quelle base Dieu fonde son jugement. Est-ce le mal du plus grand nombre? Ou est-ce la bonté de quelques-uns? La prière d'Abraham n'a pas pour but d'évoluer d'une conscience collective vers une conscience individuelle. Non, sa supplication pose la question au sein même de la conscience collective de son époque: c'est une révolution.Avec sa prière, il demande à Dieu qu'Il accorde son pardon à tous, pardon fondé sur une minorité inno-cente. Voilà son grand espoir. Que l'amour de Dieu pour la minorité innocente, si réduite soit-elle, suffit à faire suspendre le châtiment que méritent les autres.Dans sa prière de demande Abraham s'adresse à Dieu en tant que 'juge de toute la terre' (v 25). Or, de quelle façon Dieu juge-t-Il? Le mal perpétré par la majorité aura-t-il raison du lien entre Dieu et So-dome, avec pour conséquence la perte des innocents? Ou bien la justice divine sera-t-elle amenée à accorder le pardon à la ville entière? Ce serait alors un cadeau, une grâce obtenue par quelques inno-cents 'qui s'y trouvent'. Cela signifierait que Dieu tient à ces innocents.La question n'est pas théorique pour Abraham. Sa prière de demande est pleine d'angoisse, elle surgit dans sa détresse. Il se réalise bien que face au plus Haut, finalement, il n'a pas de recours. Comme Job, il est conscient de n'être qu'un 'peu de poussière et de cendre'. De façon bien plus subtile que nous, gens modernes, Abraham conçoit la transcendance de Dieu. Il est conscient de son néant face au plus Haut. Cependant, Abraham, avec une témérité admirable, cherche à rabattre. Il dit :«J’ose encore parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre. Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville? » (Gn 18,27-28)La réponse de Dieu:« Il déclara : « Non, je ne la détruirai pas, si j’en trouve quarante-cinq»Ce qui conduit Abraham à rabattre davantage:« Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ? » Le Seigneur déclara : « Pour quarante, je ne le ferai pas. »Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j’ose parler encore. Peut-être s’en trou-vera-t-il seulement trente ? » Il déclara : « Si j’en trouve trente, je ne le ferai pas. »Abraham dit alors : « J’ose encore parler à mon Seigneur. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ?» Il déclara : « Pour vingt, je ne détruirai pas. »Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ? » Et le Seigneur déclara : « Pour dix, je ne détruirai pas». » (Gn 18,29-32)N'est-ce pas merveilleux? Au cours de cette histoire Abraham prend courage au fur et à mesure que Dieu accorde sa grâce avec plus de bienveillance. Dans sa prière de demande il est poussé de plus en plus à gager sur la justice divine. Il se risque à prier, avance. Le résultat est stupéfiant. Pour Dieu, même une minorité minuscule d'innocents pèse plus qu'une majorité coupable. Cette démesure paradoxale rend possible l'impossible : Dieu suspend son jugement. Combien plus grande est la volonté de Dieu de sauver plutôt que de châtier!D'Abraham à JésusAutre question: y a-t-il suffisamment d'hommes bons pour contrer le mal? Malgré la prière courageuse d'Abraham, qui fixait à dix le nombre de bons citoyens requis, la suite de l'histoire nous apprend qu'il en manquait pour totaliser ce nombre, même en incluant Loth et sa famille. (Gn. 19,12-13)Dans ce monde déchiré, Dieu a besoin d'un minimum d'hommes bons. Confiants dans Sa bonté, ils ont à lutter contre le mal afin de faire apparaître Sa Grâce. Lors de l'exil, il n'est même plus question de trou-ver 10 hommes bons. Quand la ville de Jérusalem est à son tour menacée, Jérémie va rabattre encore plus qu'Abraham n'osait faire, réduisant le nombre requis à un seul homme bon. Chez Jérémie, la parole de Dieu assure :“Parcourez les rues de Jérusalem, regardez donc et renseignez-vous ! Cherchez sur ses places : si vous trouvez un homme, un seul, qui pratique le droit et recherche la vérité, alors je pardonnerai à la ville” (Jér 5,1).C'est plus frappant encore dans le texte du Pseudo-Isaïe, quand l'exil va vers sa fin. De nouveau, l'at-tente se manifeste d'un homme qui puisse sauver les égarés et les coupables :“ Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. (…)Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une des-cendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, jus-tifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. (Is. 53,6.10-11) »Jésus s'est identifié avec ce personnage mystérieux, quand il s'est livré pour 'une multitude de gens' [Mc 14,24]. Avec Jésus, la prière de supplication d' Abraham est bien plus que comblée. Dieu promettait à Abraham de pardonner le mal, s'il pût trouver dix hommes bons. Jésus est cet homme, seul, en qui “Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes” (Tit 3,4)Seigneur, apprends-nous à prierJésus n’est pas seulement l’accomplissent de la prière de supplication. Il nous donne aussi la suprême école de prière de supplication. Il nous apprend comment demander et ce que nous devons demander. Il nous encourage à tous égards à faire des demandes. Il appelle à une confiance à toute épreuve, jusqu’au ‘sans gêne’ (Lc 11,8) : ‘demandez, on vous donnera’ (Lc 11,9). En même temps, il nous faut soigneusement différencier ce que nous pouvons demander à Dieu ou pas. Vouloir tout goupiller selon nos caprices, n’atteste pas d’une confiance adulte. Nous pouvons demander à Dieu ce qui est dans la ligne de Jésus lui-même. Ce que nous pouvons attendre de Dieu, nous l’apprenons de Lui. En Lui, nous prenons conscience de ce que Dieu fait pour nous. Mieux vaut donc nous tourner en son nom vers le Père. Dans son discours d’adieu, Jésus est formel : ‘Ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera’ (Jn 15,16).Comment prier au nom de Jésus? Au lieu de poursuivre sa propre volonté, Jésus fait confiance au désir profond de son Père. C’est la clef de la prière de demande enseignée par Jésus à ses disciples (cf Mt 6, 9-13 et Lc 11,2-4). Et cette clef ouvre la porte qui permet à Dieu de nous exaucer.Le notre pèreLa prière du Seigneur s’adresse à ‘notre Père qui est aux cieux’. L’adresse en dit long. Personne ne con-naît mieux que Jésus la grandeur de Dieu qui est dans les cieux. C’est dans ce respect incommensurable pour la grandeur de Dieu que Jésus a découvert sa proximité. Jésus peut dès lors s’adresser à lui en utili-sant un mot tiré du vocabulaire enfantin. Jésus le nomme abba (Mc 14,36) ce qui signifie : papa. Ce merveilleux mélange de respect et de proximité est la raison suprême de se confier en Dieu. Le Tout Autre se donne Tout Proche. Le Tout Puissant est l’amour en personne (cf 1Jn 4,8). Nous pouvons nous tourner vers ce Père des cieux, en frères et sœurs de Jésus. Il est vraiment notre Père. Jésus nous apprend ce que nous devons demander. Si Dieu nous a offert son amour divin, nous n’avons qu’une chose à demander : que les hommes puissent toujours plus reconnaître son amour. Qu’Il puisse être un tel Père pour tous les hommes. Que son Alliance soit réalisée en vue du bonheur du monde entier. Cette supplication se déploie tout au long du Notre Père au travers de sept prières courtes. -   Jésus prie en premier lieu pour que le nom glorieux de Dieu – c’est à dire sa personne – soit sanctifié. Que Dieu puisse finalement être Dieu. Jésus nous apprend à prier ainsi. Qu’une telle prière soit exaucée, dépend aussi de nous. Qui prie ainsi ne peut rester hors de cause. Il doit se comporter saintement vis-à-vis de Dieu et des autres, au risque sinon de blasphémer le nom de Dieu (cf Rm 2,24).- Dans la même ligne, Jésus demande que le Règne de Dieu vienne. Le règne de Dieu, c’est à dire : son influence bienfaisante, son attention de bon roi qui prend le parti de son peuple. Là aussi, nous gardons les pieds sur terre car le ‘le règne de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint’ (Rm 14,17).- Comme Jésus, nous demandons que la volonté de Dieu puisse devenir réalité. Mais qu’est-ce c’est : sa volonté ? Certainement pas un arbitraire aveugle. Dieu s’est-il révé-lé à Abraham comme un potentat brutal? Vraiment, la volonté de Dieu n’est pas de l’arbitraire possessif !Regardons le texte biblique de plus près. La ‘volonté de Dieu’ se traduit mieux par ‘bienveillance’.  Dans les mots de la Bible que nous traduisons par le terme strict de ‘vo-lonté’ (ratsôn et chefets), il s’agit d’une aspiration, d’un désir, il signifie également ‘fa-veur’ (Pr 11,1), ‘bonté’ (Ps 51,20) et ‘bienveillance’ (Is 60,10). Si la volonté veut dire : ‘bienveillance’, alors, comme peut-elle être faite ? Quand Jésus priait que la volonté de Dieu se fasse, que voulait-Il dire ? Une chose est sûre : si la vo-lonté est plutôt bienveillance, il ne faut pas que l’homme doit s’humilier devant Dieu. De fait, il n’est pas tellement question de ce que fait l’homme. C’est une prière pure : elle demande que Dieu fasse quelque chose. Jésus demande avec insistance que son Père réalise sa bienveillance. Qu’Il met en action son projet de salut, grâce à son peuple bien-aimé. Ce n’est pas par hasard que le peuple est nommé ‘celui en qui Dieu prend plaisir’ - le mot est identique à celui que nous traduisions par ‘volonté’ (Is 62,4 LXX).  ‘On t’appellera « Celle en qui je prends plaisir » (…) Comme l’enthousiasme du fiancé pour sa promise ton Dieu sera enthousiasmé pour toi’ (Is 62,4-5).Voilà la prière de supplication de Jésus. Que Dieu réalise sa bienveillance. C’est l’accomplissement de ce que commençait avec Abraham. Jésus aspire vers l’alliance et la relation avec le Père. Ce qu’Il désire, c’est le bon plaisir de Dieu. C’est ça : la volonté de Dieu. Voilà ce qui Lui plaît. Voilà sa joie : que Dieu trouve finalement le partenaire qui reconnait sa misericorde. Lorsque nous prions ainsi le notre père, nos propres souhaits sont éprouvés au creuset de leur valeur. Nous apprenons à ‘discerner ce que Dieu veut’ de nous (Rm 12,2). Avec les talents qui sont les nôtres, nous aspirons à l’accomplissement de ses desseins pour le monde.- Tout ceci se concrétise dans notre prière pour le pain quotidien. Qui prie comme Jésus partage d’abord la confiance inébranlable de ce dernier : Dieu donne en temps voulu nourriture à tout ce qui vit (cf Ps 104,27). Il ne faut se faire aucun souci du lendemain (cf Mt 6, 34). Mais Jésus ne fait pas l’éloge de ce riche étourdi qui n’avait pas d’yeux pour le pauvre Lazare qui attendait sur son seuil (cf Lc16, 19-31). Il n’est pas possible que ‘certains aient faim pendant que d’autres sont ivres’ (1Co 11,21). Tout comme dans l’Ancienne Alliance, la confiance en Dieu va de pair avec le souci du monde de Dieu. Jésus souffre  lui-même de la faim dans le moindre de ses frères. Et il est rassasié lui-même lorsque nous partageons notre pain avec eux (cf Mt 25,35).- L’aide de Dieu ne doit pas être implorée seulement pour que chacun ait de quoi se nourrir. Le pardon dépasse lui aussi nos propres forces. Même si Jésus nous a donné li-bre accès au Père, nous demeurons faibles car toujours nous nous détournons de Dieu et de nos proches. C’est pourquoi Jésus nous apprend à prier pour le pardon. On ne peut douter de celui qui offre ce pardon mais bien du destinataire. Dieu nous donne gratuitement son pardon. Cela ne fait aucun doute car Il est Amour. Mais nous, l’acceptons-nous pleinement? Telle est la question que Dieu nous pose: ‘Dieu vous adresse un appel : laissez-vous réconcilier avec Dieu’ (2Co 5,20). La réponse doit venir de nous-même. Le seul signe d’une véritable acceptation de ce pardon réside en ce que nous sommes. Lorsque nous ne serons plus impitoyables envers ceux qui nous ont fait du mal, nous aurons laissé pénétrer l’amour de Dieu en nous. Que ‘nous pardonnions à ceux qui nous ont offensés’ et aimions nos ennemis est l’empreinte du pardon de Dieu. Implorer le pardon de Dieu, c’est demander en même temps de pouvoir pardonner aux autres (cf Mt 5,44). Ainsi, nous aspirons à un univers fraternel où l’amour du Créateur soit à nouveau reconnaissable.- Prenant douloureusement conscience du mal dans ce monde, nous demandons avec Jésus : ‘Ne nous soumets pas à la tentation’. Dieu n’est bien sûr pas Celui qui nous conduit au péché. ‘Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne’ (Jc 1,13). Ces tentations ne peuvent qu’être l’œuvre des forces du mal. C’est pourquoi, nous répétons avec insistance : ‘Délivre-nous du mal’ ou  - traduit aussi exactement- ‘Délivre-nous du Mal’. Telle est l’ultime tentation : que nous qui avons accès à l’amour de Dieu, nous disions finalement non à cet amour. Que sur le seuil de la Lumière, nous reculions et que finalement nous soyons tentés par les ténèbres. C’est pourquoi Paul dit : ‘Ne donnez aucune prise au diable’ (Ep 4,27).Le Notre Père résume tout l’évangile par ces courtes prières. Il s’agit continuellement de Dieu, Père très bon auquel nous pouvons faire confiance en toutes choses. Rien d’étonnant à ce que Jésus nous ap-prend à prier avec sa prière de demande (cf Lc 11,1). Lode Aerts


Conférence samedi 6 août 2016

ECOUTER L‘ESPRIT EN EGLISE

par Mgr Jean-Luc Hudsyn

Le Mardi 26 juillet en fin de matinée aux JMJ, le bruit s’est répandu de l’assassinat dans le diocèse de Rouen de l’Abbé Jacques Hamel. Il venait d’être égorgé au cri de « Allah Akbar »…Les réactions parmi les jeunes ont été très diverses :- Les uns étaient effondrés- D’autres se sont mis à avoir peur de ce qui pouvait arriver dans les JMJ- D’autres encore ont proposé de prier- Certains étaient en colère- Des paroles dures ont été prononcées (peut-être qu’on n’osait pas à cet endroit prononcer le mot de vengeance mais on en pensait pas moins)- Certains disaient que c’est ce qui devait arriver avec la politique irresponsable menée pour l’accueil des réfugiés (un thème chaud en Pologne)- D’autres ont parlé de réaffirmer plus que jamais l’identité chrétienne de l’Europe et de le manifester haut et fort- Devant le discours de pardon de certains, d’autres n’étaient pas loin de voir là un signe de naïveté et de faiblesse. - Il y a eu des voix pour se demander comment faire œuvre de paix, de dialogue, de fraternité, voire de miséricorde (le thème de ces JMJ)…Il y a eu de tout même si c’était moins violent que ce qu’on a pu voir apparaître directement sur les réseaux sociaux Les jeunes se sont mis évidemment à parler de tout cela. On a voulu prier en groupe - organiser des veillées : mais dans cette prière, dans ces veillées, que dire ? que chanter ? que demander ?...En dessous de ces interrogations, il y avait cette question fondamentale pour des croyants : face à une telle situation, que nous demande l’Evangile comme réaction ? Et aussi : comment déchiffrer, discerner ce que l’Esprit-Saint veut nous dire au cœur de ce drame épouvantable ?  On est en fait au cœur de la question qui nous rassemble ici : comment entendre ce que Dieu nous dit aujourd’hui dans les événements de la vie ? Comment bien se mettre à son écoute ? Et dans ce cas-ci : comment faire pour avoir un cœur qui écoute quand on est en train de vivre un événement qui suscite tant d’émotions contradictoires en nous et autour de nous, tant de sentiments en sens divers, tant de passion aussi ?

Je me suis rendu compte après coup, que l’on venait de sortir d’une belle rencontre où tous les groupes belges présents de différentes manières aux JMJ se sont retrouvés tous ensemble dans une même église pour une veillée de prière. Nous y avons reçu un enseignement qui commentait justement le même texte de l’Ecriture que celui qui a été retenu pour cette journée : Ac 2, 41-47 !!! On a parlé des 4 pieds sur lesquels résident la vie chrétienne : l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain, la prière. On nous avait dit que ce sont là comme les 4 pieds d’une chaise. Pour tenir solidement debout… on a intérêt à ce que ces 4 pieds de la chaise aient la même longueur ! Si un de ces pieds est moins important… alors on est en déséquilibre…   Au fond, avec le recul, je me dis que presqu’instinctivement, sans faire beaucoup de théorie sur la manière dont Dieu nous parle, sans beaucoup se demander comment faire pour « avoir un cœur qui écoute » ce que Dieu pouvait bien nous dire dans ce drame vécu dans cette église de France, on a mis cela en œuvre presqu’instinctivement. Ce jour-là, beaucoup de groupes de jeunes et moi-même nous avons mis cela en œuvre :- Il y a eu de la communion fraternelle - Nous avons prié- Il y a eu des veillées d’adoration devant ce pain rompu qu’a été la vie du Christ - Nous avons entendu des paroles qui relève de ce les Actes appellent « l’enseignement des apôtres.Et si une écoute de Dieu a pu se faire ce jour-là, c’est grâce au fait que nous avons essayé d’écouter Dieu en faisant Eglise. Ce qui est bien le thème qui m’a été demandé de développer devant vous. On n’entend bien Dieu, et on se met à l’écouter en profondeur toujours avec d’autres et grâce aux autres. Jamais en n’écoutant que moi, en n’écoutant que mon égo… si saint puisse-t-il être !!Je sentais bien d’ailleurs que dans les réactions passionnelles de certains, pour eux il n’y avait rien à écouter… sinon ce qu’il ressentait eux-mêmes dans l’immédiateté de leur réaction : leur réaction d’agressivité ; de colère ; voire de haine. Ou aussi leur réaction de peur. Ils donnaient l’impression (et on vit tous cela…) qu’ils avaient déjà leur réponse sur la manière de donner sens à tout cela : ils avaient leurs évidences quitte à se situer dans le même registre que celui des agresseurs et donner prise à la violence qu’il sentait monter en eux…
Un peu sous forme de témoignage je voudrais décrire comment - en ce qui me concerne mais aussi en voyant comment cela s’est passé pour ceux qui m’entouraient - comment et grâce à quoi une écoute de ce que je crois être l’Esprit-Saint s’est mise peu à peu en place. Qu’est-ce qui m’a aidé à écouter, dans tout cela, la voix d’un autre ? la voix de Dieu ? Qu’est-ce qui a pu inspirer alors mon intelligence de ce qui se passait ? qu’est ce qui a pu ‘travailler, ‘convertir’ mes réactions pour qu’elles soient dans la ligne de mon désir de vivre « à la suite du Christ »? Et cela afin que je sois avec Lui et avec les autres sources de vie malgré tout et non simple répétition de cette violence et source de mort moi aussi ? NB : C’est important de voir pourquoi nous écoutons Dieu, et pourquoi Il nous invite à tendre l’oreille à son désir : si Dieu nous appelle, s’il désire nous parler… ce n’est pas pour nous brimer, pour nous imposer à tout prix ses façons de voir… S’il nous parle, s’il nous appelle, c’est uniquement ‘pour nous’, ‘pour notre salut’ ! Pour nous inviter à prendre des chemins qui nous font grandir dans notre vocation d’hommes et de femmes créés à son image. Pour que nous réaliser dans ce que nous sommes : créateurs de vie avec lui. Et pour cela entrer dans les attitudes de Jésus parce que vivre à sa manière est source de vie. Entrer dans ses attitudes parce qu’elles sont fécondes. Faire des choix qui font grandir le vivre-ensemble, la paix, la joie de vivre et le courage de vivre les uns avec les autres au Souffle de son Esprit d’amour.
Par quelles étapes je suis passé dans cette écoute ?Vous allez peut-être vous demander - à certains moments - vers quoi je vous amène dans cet itinéraire personnel … mais je crois savoir où je vais !! Vous montrez qu’écouter Dieu cela se fait toujours avec d’autres… cela se fait toujours en Eglise… pour ne pas s’illusionner sur Dieu, pour ne pas le créer à mon image, pour ne pas le confondre avec ce que je veux, ou avec mes peurs, ou avec mes désirs secret d’en faire mon complice, de l’utiliser à mon service…Première étape… - A l’Ecoute de l’Ecriture- A l’écoute des grands témoins de la foiEn ce qui me concerne, j’ai d’abord pensé à ce que nous avions expérimenté en visitant quelques jours avant un camp de concentration et d’extermination : l’absurde qui habite l’homme dans sa capacité de détruire, de commettre le mal, d’humilier son prochain… Avec ce cri qu’on sent monter en soi quand on circule au milieu de ces baraquements et de ces fours crématoires : ce cri qu’a poussé Jésus lui-même : « Pourquoi ? » -  « Et Dieu dans tout cela ? » Et en même temps, je n’oubliais pas que dans cette horreur, il y a eu des hommes et des femmes qui - Dieu sait comment - sont restés humains, aimants. Dont certains ont d’ailleurs été à juste titre canonisés ou béatifiés - y compris dans ce camp de Madjanek où nous étions.Et puis j’étais très touché parce que la veille - mais pour votre génération cela ne dira sans doute rien…. - la veille dans les églises de Pologne on faisait mémoire de Jerzy Popieluszko - un jeune prêtre polonais maintenant canonisé. Lors de la révolte qui a fini par libérer la Pologne de la dictature du régime communiste soviétique avec le mouvement « Solidarnosc » (Lech Walésa), il était très courageux dans ses dénonciations du régime communiste et un ardent défenseur des positions de Jean-Paul II et du Cardinal Wyszynski pour le respect des droits humains et des droits de Dieu… Un jour en décembre en octobre 1984, il a 37 ans, il est assassiné. Il avait toujours dit : « nous devons vaincre le mal par le bien ». Moi j’étais prêtre, j’avais 37 ans aussi… Et sa mort - martyr - m’avait fortement interrogé, mis en question. Je me souviens que je me suis demandé si moi j’étais prêt à suivre celui qui nous avait prévenu : « Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite: Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi »… Mais notez qu’il ajoute en même temps : « S'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. » Jn 15,20 (Cela doit nous encourager : il y a des épreuves à affronter… mais aussi des fruits !)Voilà ce qui tournait dans ma tête en rentrant à mon logement après l’annonce de ce prêtre égorgé au pied de l’autel…Vous voyez que je commençais à entendre des choses : sur ce mal dont l’homme est capable hier et aujourd’hui ; et qui a fait crier le Christ son « pourquoi » sur la croix… mais sur cette croix il n’a pas céder à la vengeance. Il y a eu son pardon qui nous dépasse, son écoute du larron, son abandon final au Père… Cela m’a rappelé ce que veut dire suivre le Christ - hier et aujourd’hui - et sur lequel n’a pas fait mystère : le suivre c’est vivre aussi des épreuves. Il y a eu ce jeune prêtre polonais martyr lui aussi mais qui voulait vaincre le mal par le bien…Bien sûr, je me suis dit cela alors que je réfléchissais seul en marchant dans Cracovie. Mais… étais-je seul ?Car la mémoire de ces camps de la mort, de ces prêtres, ont fait remonter aussi en moi des paroles du Christ, des paroles de l’Evangile. Or, si c’est paroles sont paroles de Dieu pour nous, elles sont aussi en fait paroles de l’Eglise. Comment sont nés les Evangiles. Des paroles de Jésus ont brûlé le cœur des premiers disciples. Ils se les sont répétées et transmises. Il les ont méditées et priées ; ils ont senti que ce trésor il fallait le mettre par écrit ; puis les évangélistes les ont organisées pour que les communautés puissent avoir des « Evangiles » - c-à-d pas de simples reportages sur ce qui c’était passé autrefois, mais une catéchèse qui manifestent que ce que Jésus a fait et dit, le Christ ressuscité continue de le faire et de le dire. Elles sont paroles de vie pour l’aujourd’hui de ceux qui se laissent toucher par le Christ et se mettent à sa suite.L’Evangile, l’Ecriture c’est un cadeau transmis par l’Eglise et rédigé en Eglise pour être lu en Eglise.Quand j’entends l’Evangile résonner, quand je le lis même seul dans ma chambre… c’est grâce à l’Eglise et en communion avec les communautés qui ont mis les paroles et les actes de Jésus, leur expérience du Ressuscité par écrit vers la fin du 1er siècle.J’ai un Evangile en mains 2000 ans après, grâce aux communautés qui ont voulu transmettre ce trésor à travers les siècles et voilà qu’il a été déposé entre nos mains (et donc pour que l’histoire de cette transmission continue…). Si un Robinson Crusoé devait découvrir une Bible par hasard sur une île déserte, s’il l’ouvre - sur cette île où il est seul… - il n’est plus vraiment seul ! Il entre en fait en communion avec un peuple immense de croyants qui ont fait qu’il a un Evangile entre les mains. Et comme disait quelqu’un : écrit par l’Eglise, le Nouveau Testament est fait pour être lu en Eglise - j’y reviendrai.Et donc dans ma réflexion en solitaire dans les rues de Cracovie j’étais déjà en lien avec l’Eglise à travers ces paroles d’Evangile que cet événement de Rouen avait fait monter en moi, qui m’était revenue à la mémoire.  NB : c’est la force de l’Ecriture quand on la fréquente de façon « assidue »… : elle finit par parler aussi toute seule en vous - comme pour les amateurs de Rimbaud, ou de Verlaine, ou de Guido Gezelle … ou de Guillevic : il y a des moments ou des passages de leurs poèmes remontent tout seuls en vous comme un écho qui éclaire un événement, une situation!  Il y avait donc l’Ecriture qui m’a éclairé… et c’est déjà en fait grâce à l’Eglise qui me l’a transmiseMais il y avait aussi ces visages d’autres témoins de l’Evangile qui donnait un éclairage particulier sur le sens de ce que l’Abbé Jacques Hamel avait vécu. J’ai entrevu en eux comment l’Evangile les avaient fait réagir en disciples de Jésus : Saint Maximilien Kolbe à Auschwitz - ce laïc du camp de Madjanek qui a été béatifié - ce prêtre ordonné en secret à Dachau Karl Leisner - ce jeune Jercy Popieluszko : à travers eux je retrouve cette grands amis de Dieu que sont les saints et les saintes : ces figures qui nous disent que la foi en vaut la peine, qu’elle est un chemin praticable - et qu’un certains nombres d’entre eux ont pu la vivre même dans l’épouvante.Il y a eu un moment où on se méfiait de trop évoquer les saints - les hagiographies - Et c’est vrai qu’elles étaient sont parfois écrites à l’eau de rose, quitte à occulter leurs hésitations, leurs moment de doute. Comme si ces hommes et ces femmes étaient nés saints de toute éternité.. et n’avaient pas dû le devenir, progressivement avec des haut et des bas… Aujourd’hui, on canonise heureusement des saints qui ne sont plus comme autrefois souvent que des rois, des reines, des moines ou des ascètes un peu hors du commun… Aujourd’hui, l’Eglise nous offre des figures de gens ordinaires, plus proches de nous, dont on a les photos, dont des gens qui les ont connus peuvent parler…. Les saints sont aussi des figures à travers lesquelles Dieu peut nous parler : et il y en a pour tous les goûts, pour tous les tempéraments et tous les états de vie…  Ces témoins privilégiés que sont les saints (et les témoins du Christ qui nous entourent) sont aussi des figures stimulantes qui peuvent éclairer ce que nous vivons : ils sont aussi paroles de Dieu pour nous. C’est une des manières aussi où l’Eglise du ciel (et de la terre) vient nous aider à discerner Dieu dans notre vie. 
Deuxième étape- « L’enseignement des apôtres »- L’écoute des autres dans la communion fraternelleMais ma réflexion sur ce que nous demande Dieu toujours dans ce même événement tragique c’est encore enrichie plus tard dans la journée et le lendemain quand j’ai pris connaissance d’autres paroles à travers lesquelles je pouvais discerner comment mieux écouter Dieu encore toujours à partir de cet événement tragique de Saint-Etienne-du- Rouvray.On l’a vu dans les Actes, « l’enseignement des apôtres » est aussi ce lieu où Dieu nous parle. Et ses apôtres d’aujourd’hui je les ai entendus d’abord dans la parole du Pape François : « Ne cédez pas à la tentation de faire de cet événement une guerre de religion » Les vrais religieux, les religions dans leur élan le plus profond construisent la paix. Puis il y a eu l’homélie du Cardinal de Paris (du moins sa première partie…) disant avec force que les vrais croyants ne sont pas « ceux qui se drapent dans les atours de la religion pour masquer leur projet mortifère, ceux qui veulent nous annoncer un Dieu de la mort… ».Et il ajoutait : « L’espérance inscrite par Dieu au cœur de l’homme a un nom, elle se nomme la vie. … L’espérance a un projet, le projet de rassembler l’humanité en un seul peuple, non par l’extermination mais par la conviction et l’appel à la liberté »…Puis, il ya avait au milieu de nous à Cracovie, le président de la conférence des évêques de France Mgr Pontier disant  : « Aucun Dieu ne nous demande de nous entretuer » - « Ce qui demande du courage n’est pas d’assassiner mais de construire la fraternité avec des gens différents de nous » - "Le chemin de l'Eglise nous invite au dialogue, sinon c'est l'affrontement".De même il y avait parmi nous l’archevêque de ce prêtre Mgr Lebrun qui nous disait avant de quitter précipitamment les JMJ : "L'Eglise catholique ne peut prendre d'autres armes que la prière et la fraternité entre les hommes - Jésus nous a dit d'aimer nos ennemis et même de prier pour eux. Aimer ses ennemis, est-ce possible ? Je vais essayer, au moins je vais prier pour eux". Et dans l’enseignement que nous avions reçu le matin même par notre archevêque Mgr De Kesel, il y avait cette parole : Dans cette société et ce qu’elle vit, comme chrétiens, il nous faut  « aller les uns vers les autres, par-delà toutes les frontières, et montrer qu’il est possible de vivre ensemble, en paix, dans le respect mutuel. »
« Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres » : Dieu nous parle aussi par les pasteurs de l’Eglise, par les grands textes de l’Eglise et nous avons des papes qui nous fournissent aujourd’hui des textes de grande profondeur et de grande inspiration : Jean-Paul II, Benoît XVI (Deus Caritas est) et ne parlons pas du Pape François : Evangelii Gaudium, Laudato Si, Amoris laetitia…).Nous avons la chance d’avoir dans l’Eglise de ce temps un certain nombre d’Apôtre qui sont aussi … des prophètes ! Que Dieu nous donne pour faire résonner la parole de Dieu face à ce monde qui est le nôtre, qui actualisent la Parole de Dieu et nous en montrent les enjeux. Qui nous disent en quoi l’Evangile doit faire de nous des chrétiens engagés, « en sortie » vers les autres, quitte à aller à contre-courant sur un certain nombre de points et de valeurs pour que la vie l’emporte.Et comme ils communiquent mieux… et utilisent un langage souvent accessible… je vous invite à lire certains de ces textes et de les travailler seul et surtout avec d’autres. Mais les Apôtres, ce n’est pas que le Magistère de l’Eglise ni que le pape, les évêques et certains moines… L’Eglise nous éclaire aussi à travers tous ceux qui sont habités par l’Esprit : et nous le sommes tous de par notre baptême et notre confirmation. Vous le savez mieux que moi combien sont riches nos échanges et nos partages quand nous essayons de discerner ensemble ce que Dieu désire : c’est même essentiel pour l’Eglise, que se multiplient des lieux d’Eglise où des chrétiens se mettent ensemble pour lire la Parole de Dieu, pour l’écouter ensemble, pour faire « révision de leur vie » et mieux la vivre dans l’Esprit du Christ, pour discerner les appels de Dieu et la manière dont nous pourrions mieux y répondre. Nous avions cela aux JMJ - comme ici : des moments passés en petites « fraternité » pour écouter l’Esprit à travers la parole des autres.Le baptême nous a fait « prophètes » - porte-parole de Dieu chacun à notre manière et à notre mesure. Mais je voudrais insister sur la manière dont nous pouvons être « prophète de Dieu » pour les autres : nos paroles permettront aux autres de mieux entendre Dieu, dans la mesure où nos actes et nos attitudes sont au diapason de l’amour de Dieu… C’est là qu’on voit combien « la communion fraternelle » est aussi un micro-climat qui facilite l’écoute de Dieu. L’autre peut mieux entendre Dieu lui parler au cœur et à l’oreille s’il se sent respecté, écouté, encouragé, aimé. Cela ne veut pas dire qu’il faut une sorte de douceur à l’eau de rose, et qu’on ne peut pas voir de désaccord ou de conflit. La vérité, fait partie de l’amour : pas d’amour sans vérité ; mais pas de vérité sans amour. Il y a une façon de dire à l’autre ses « quatre vérités » - comme on dit en français - qui fait que l’autre va se fermer, se sentir humilié, méprisé qui n’a rien à voir avec ce que Saint Jean appelle « faire la vérité ».Je crois que le pape François touche à quelque chose de très beau dans son document « Amoris laetitia » quand il montre combien on ne peut grandir mutuellement, dans les couples, dans les familles, mais aussi dans les communautés diverses que si on entre dans cet amour décrit par S. Paul : une présence à l’autre qui «patiente, rend service, se fait aimable, pardonne, fait confiance, espère, supporte tout »… Là Dieu se fait audible, là Dieu parle au cœur sans grand discours de notre part, là sa voix se fait entendre…C’est d’ailleurs une des expériences fortes qui touche les jeunes aux JMJ et aussi qui « parlent » aux personnes qui nous ont accueillies là-bas en Pologne. Tout le monde sait que c’est une société homogène qui a un peu de peine à accueillir les autres trop autres (et ce n’est pas un jugement) : voir la joie et l’affection qu’il y avait dans un groupe de chrétiens - et de moins chrétiens… - où il y a des belges belges, des belges africains, des réfugiés syriens - des belges de diverses origine… - ce fut très interpellant (on nous l’a dit) et sans doute très « parlant » de cette diversité vécue comme une chance et qui va dans le sens du Royaume dont nous parlent les Ecritures… Dieu nous parle aussi à travers les autres, dans leur diversité, si on vit dans un climat de charité fraternelle (le frère étant non celui que je choisis mais qui m’est donné, qui m’est confié !) en particulier pour les groupes belges 

Une troisième étape :- Une écoute de l’Esprit hors-EgliseLes réactions le lendemain se sont multipliées et j’ai pu entendre ce que Dieu désirait et souhaitait dans la mort de ce prêtre du côté de Rouen : c’est aussi à travers le témoignage des non-chrétiens :Ceux qui ont dit à l’Eglise leur tristesse et leur solidarité tout en ne partageant pas notre foi.Ou la parole de musulmans  dont l’Imam du lieu disant : je ne comprends pas ; c'est quelqu'un qui a donné sa vie aux autres » - Ces diverses marches de fraternité qui se sont passées entre chrétiens et musulmans - leur présence aux messes de dimanche passé par désir de dépasser les méfiances et de lutter esnemble contre la violence.
Dieu parle aussi hors Eglise - Le concile demandait de savoir discerner les « semences (du Verbe) - les semences d’Evangile présente dans les religions et les les convictions non-chrétiennes. Ce que le pape François a également rappelé : ne pas aborder une situation humaine sans avoir ce regard qui cherche à reconnaître l’Esprit déjà au travail dans les cœurs, les actes et les paroles de ceux qui nous entourent.
Synthèse : pourquoi et comment écouter l’Esprit-Saint en Eglise ? Dieu nous parle pour nous appeler en toute chose, en toute situation à grandir en humanité, en sainteté, à rester source de vie et d’amour.On ne discerne bien sa Parole qu’en communion avec l’Eglise, en peuple de Dieu.Une écoute individualiste de Dieu… (mais aussi des autres !!) court le risque inévitable de nous voir projeter sur Dieu ce que nous sommes, ce dont nous avons envie, ce dont nous avons peur : nous risquons toujours de le créer à notre image (idem avec les autres d’ailleurs !) ou de le récupérer au service de nos pulsions, de nos ambitions, de notre égocentrisme… Dieu est toujours Autre ; il se cherche avec les autres - en relation.Passer par les autres évite le discernement routinier, hâtif, simpliste.Qu’est ce qui nous aide à respecter cette « altérité de Dieu » ? Nous confronter à l’Ecriture (qui est œuvre communautaire) Chercher à correspondre à l’Esprit en dialogue avec l’Eglise, ses pasteurs, l’accompagnement spirituel par des personnes d’expérience - mais sans dépendance infantile Ecouter les grands témoins de la foi d’hier et d’aujourd’hui - nous laisser inspirer par eux Avoir des lieux de partage avec d’autres chrétiens  Se laisser former dans sa foi : formation - enseignement - lecture- retraite - session qui élargissent notre écoute et élargissent notre cœur, notre sensibilité aux appels de l’Esprit Prier seul : mais en veillant à ce que la Parole de Dieu guide notre prière (cf le Concile qui a souligné sa nécessaire écoute dans la célébration de tous les sacrements) Prier avec d’autres : l’eucharistie et les sacrements sont là aussi pour que nous écoutions ensemble Dieu qui nous parle au cœur de nos vies : pour y entendre sa parole, il ne suffit évidemment pas « d’aller à la messe » mais d’entrer dans ce parcours, dans ce cheminement que nous fait faire toute liturgie  S’engager dans la rencontre des autres avec une attention particulière pour les plus pauvres, ceux qu’on risque de laisser de côté (il y en a dans tous les groupes et tous les milieux…) : là Dieu parle, et nous appelle à travers le sacrement du frèreCela n’empêche pas que nous ayons des décisions à prendre toujours de façon personnelle, en engageant notre conscience.Mais jamais sans nous être mis à l’écoute de la communauté et nous être laissés enrichir par l’écoute des autres.Jamais non plus sans y revenir : relire mes décisions et les ajuster - et là aussi en restant à l’écoute des autres. 
+ Jean-Luc Hudsyn

∧ top